Le phénomène des reçus-collés n'est pas nouveau. Il est même évoqué assez régulièrement, puis bien vite remisé aux oubliettes sans qu'aucune solution soit proposée.
Ainsi, la Gazette des Communes du 24 mai 2004 publiait un article intitulé :  Reçus-collés, mythes et réalité qui avait au moins le mérite de poser le problème et de signaler l'absence de chiffres vérifiables sur le sujet.

Les autorités (CNFPT, CIG) font preuve d'une belle unanimité dans la langue de bois, voir le plus parfait cynisme. Non, les reçus-collés ne sont pas un problème qui mérite qu'on s'y arrête.  Exemple : le directeur du CIG de la grande couronne, Jean-Laurent Nguyen Khac, avait eu le culot d'affirmer : «l'absence de mouvement de défense spécifique montre bien que la question concerne finalement peu de personnes». Sans commentaire ! Cher monsieur, c'est à présent chose faite, peut-être allez-vous réviser votre jugement. Pour résumer l'avis des organisateurs de concours : les reçus-collés sont des lauréats qui refusent la mobilité géographique, trouvent du travail ailleurs, etc. Bref, c'est leur entière responsabilité, z'avaient qu'à, z'avaient qu'à pas, c'est selon...

L'avis des syndicats est différent.Précisons que nous ne sommes affiliés à aucun et que nous sommes totalement apolitiques.
Exemple : la FSU, dans un dossier consacré à la décentralisation, va jusqu'à parler de pseudo-concours :

La publicité des postes vacants est obligatoire, à peine de nullité de la procédure. En réalité, il s’agit de pseudo-concours. Les lauréats sont en effet classés par ordre alphabétique sur une liste d’aptitude. Le “concours ” ne confère donc aucun droit à être recruté. Il permet simplement de postuler sur des emplois vacants : il existe donc des “reçus collés ”.

Ce syndicat ajoute tout de même  une information qui a son importance :

Sauf cas particulier, c’est l’autorité locale qui recrute (initialement c’était le CNFPT qui faisait des propositions, la collectivité ne pouvant refuser que deux fois, mais ce système a été supprimé en 1987 et jamais rétabli depuis, à la satisfaction des élus de tous bords…)

Dans l'article de la Gazette déja cité un représentant syndical  Antoine Breining, (président FA-Unsa-FPT) déclare :

«Trop de collectivités réservent les postes déclarés vacants à leurs propres agents, même en cas d'échec aux concours. Ce comportement contredit l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984, lequel précise qu'un poste non occupé par un fonctionnaire quatre mois après la déclaration de vacance doit l'être par un candidat inscrit sur liste d'aptitude.

Pour confirmer ce détournement des lois existantes, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une scène de la vie territoriale. J'ai eu le bonheur (?!) de travailler au sein d'une structure intercommunale de type SIVU (syndicat intercommunal à vocation unique) où l'on m'a bien fait comprendre que moi, j'étais en CDD et que je n'étais là que pour la durée prévue, pour faire le travail d'un contractuel payé 3 à 4 fois mon salaire et que je n'avais rien d'autre à espérer.
De temps à autre, M. la secrétaire-standardiste était prise d'une frénésie de mailing et tamponnait comme une furieuse des piles de courrier impressionnantes. Intriguée, je lui avais demandé ce qui justifiait ce surcroît d'activité. Elle m'avait répondu avec un sourire mi-gêné mi-amusé :
"- J'envoie une proposition de poste aux lauréats de la liste d'aptitude, pour le poste de R.
- Ah bon, il quitte son poste, R?
- Non non, son contrat vient d'expirer et il va être renouvelé. Mais c'est une obligation légale, pour faire comme si c'était un vrai recrutement."
Après un temps, elle se mit à soupirer :
"- Tout de même, ils restent longtemps sur la liste d'aptitude, tous ces candidats!"
Cette personne ne faisait évidemment que le travail qu'on lui demandait de faire, avec d'autant plus de compassion qu'elle-même, fonctionnaire titulaire depuis de nombreuses années, n'en avait jamais passé aucun, de concours !

Cette scène m'avait laissé un profond sentiment de révolte. J'ai compris pourquoi j'avais quelquefois reçu des propositions de poste - très peu nombreuses - auxquelles je répondais à chaque fois. Et à chaque fois, j'avais au mieux une réponse négative, et le plus souvent aucune réponse...