J'ai passé l'année dernière le concours externe d'adjoint administratif territorial et depuis, je suis soigneusement rangé par ordre alphabétique sur une liste d'aptitude...

L'existence de la liste de diffusion consacrée aux reçus-collés m'a aussitôt interpellé, ne pouvant que me sentir concerné par une telle initiative, puisque, comme la plupart de ceux qui y participent, ma recherche d'emploi post-concours n'a pas encore abouti - ce qui d'ailleurs eût été un miracle avec un seul et unique entretien à mon palmarès - et ce malgré ma régularité dans mes tentatives de candidature. Même si, en ce qui me concerne, je ne sais pas vraiment si je dois déjà m'inquiéter de l'actuelle inefficacité de ma quête, le doute m'assaille cependant au fur et à mesure des réponses négatives...

Sachant bien sûr à l'avance que mon succès au concours ne m'assurerait pas un poste d'office, et qu'il me faudrait d'abord exploiter assidûment le diptyque "sélection de l'offre / lettre de motivation", moyen des plus classiques pour parvenir à ses fins, il n'empêche que j'en suis arrivé tout naturellement à une phase de remise en cause, non pas tant dans ma façon de procéder au niveau de ma recherche, même si on peut toujours se perfectionner en la matière, que dans l'utilité même de figurer sur une liste d'aptitude

Car on est en droit de se demander s'il n'y a pas là en même temps un paradoxe : l'obtention d'un concours nous est toujours présentée comme étant l'incontournable modalité sans laquelle il ne nous est pas permis de rentrer dans la place ; c'est le passe-droit, le sésame qui devrait nous ouvrir cette porte, à condition bien évidemment de se donner la peine de démarcher auprès des collectivités... Et c'est là justement où nous sommes en droit de nous interroger quant à la véritable valeur d'une telle clef si chèrement acquise, lorsque nous nous retrouvons ainsi à stagner au seuil de cette porte blindée, malgré notre insistance motivée, et notre légitime volonté, forts de nos qualités prouvées par notre aptitude reconnue sur le papier.

Alors en constatant qu'avoir décroché ce concours pourtant indispensable puis joué le jeu de l'offre et de la demande ne semblent pas suffire, le doute ne peut que s'installer, jusqu'à conduire à ce troublant questionnement : et si tout compte fait, c'était carrément mon statut de lauréat qui faisait obstacle à mon intégration ?...

Or, et bien que certains faits évoqués sur ce blog et ailleurs ajoutés à l'attente stérile (et frustrante) d'un nombre tout de même important de lauréats vont dans le sens de cette paradoxale interrogation, je n'ose croire qu'il en soit ainsi. Sinon, pourquoi continuer à faire passer des concours s'ils ne répondent pas à un besoin concret ? Juste parce que c'est dans la tradition ?...

Si le concours a été institué un jour en notre beau pays, c'était pour permettre aux personnes de toutes conditions d'avoir accès à la Fonction Publique par le mérite, et non pas seulement par la voie filiale ni à cause de la seule appartenance à une caste de privilégiés. C'est d'ailleurs dans la continuité de ce noble principe que j'ai pu décrocher mon concours : apprenant qu'une formation spécifique serait mise en place dans la perspective de la préparation aux différentes épreuves, j'ai sauté sur l'occasion, sachant pertinemment, pour avoir déjà tenté d'autres concours, que la réussite dans pareil exercice nécessitait un travail préalable suffisamment fourni. Or cette formation, puisqu'elle s'adressait avant tout à une "population" touchée par la précarité, s'inscrit bien dans ce bon principe d'égalité des chances et de promotion par le mérite.

Aussi il serait judicieux de se maintenir dans ce bon principe jusqu'au stade du recrutement, notamment en prenant en compte de manière favorable ce qui peut être perçu comme des critères défavorables dans la sélection des postulants. Par exemple : passer avec succès les épreuves d'un concours aux alentours des 40 balais me semble un signe de "bonne santé", non ?... Ou si l'on vient d'un milieu complètement différent, voilà bien la preuve que l'on est en mesure de savoir rebondir et de s'adapter. (Anecdote : une conseillère ANPE m'avait insinué un jour que j'étais trop vieux pour espérer devancer les p'tits jeunes tout frais émoulus ; aussi que vouloir concurrencer les "bêtes à concours", surtout pour un ex-ouvrier de mon acabit, relevait de la chimère).

Un recruteur devrait être réceptif à ce type de paramètres - qui supposent entre autres un certain savoir-faire et de la détermination - et pas en rester uniquement aux lois coutumières du genre, qui voudraient que seuls ceux qui sont déjà dans la place ou qui ont exercés un job similaire sont aptes à reprendre le flambeau du poste resté vacant. Attitude quelque peu frileuse, et incompatible avec la notion positive de régénérescence des Ressources Humaines.

Ainsi l'on exige souvent de nous une expérience qu'il ne nous est possible d'acquérir qu'en évoluant dans le domaine pour lequel nous nous portons candidat, et que nous avons choisi en connaissance de cause... Hé bien justement, laissez-nous rentrer, que l'on puisse enfin montrer de quoi nous sommes capables...