Voici la lettre que les "reçus-collés" ont envoyée à quelques ministères,journaux, associations professionnelles et syndicats dont la liste se trouve en fin de page.

Le 06 mars 2006

A l’attention de Monsieur Brice HORTEFEUX,
Ministre délégué aux Collectivités Territoriales

Objet : Les Reçus-Collés de la Fonction Publique Territoriale

Monsieur le Ministre,

Suite à la présentation de votre projet de loi du 11 janvier dernier concernant la réforme de la Fonction Publique Territoriale, nous jugeons utile d’attirer votre attention sur les conséquences de l’organisation des concours, et plus particulièrement sur la situation scandaleuse des lauréats communément désignés sous l’appellation « reçus-collés ». Il s’agit de candidats ayant obtenu un concours, mais ne parvenant pas à trouver de poste en raison de la complexité inhérente au mode de recrutement territorial. Ces lauréats, inscrits sur une liste d’aptitude pour une durée maximale de trois ans, perdent à l’issue de ce laps de temps, le bénéfice d’un concours de haut niveau qui a nécessité plusieurs mois, voire plusieurs années de préparation intensive .
Nous figurons tous sur la liste d’aptitude, ce qui signifie qu’un jury ad hoc a reconnu nos capacités intellectuelles et professionnelles à exercer un métier au sein de la Fonction Publique.Territoriale. Au lieu de cela, certains d’entre nous demeurent sans ressources, et se voient dans l’obligation d’être assistés (RMI ou Assedic). D’autres travaillent déjà au sein de la FPT avec des contrats de courte durée, sur des postes correspondant à leur concours, sans que cela leur donne une quelconque possibilité d’être titularisés.
Comment un pays dont le gouvernement affiche comme priorité la résorption du chômage, peut-il ainsi mépriser ses impétrants ?

Afin de confronter nos points de vue, ainsi que nos expériences, et dans le but d’obtenir les postes pour lesquels nous avons passé ces concours, certains d’entre nous, toutes filières confondues, ont créé une association, une liste de diffusion (recus-colles@yahoogroupes.fr ) et un site internet (http://recuscolles.canalblog.com/).
Force est de constater l’unanimité face aux problèmes rencontrés, aux espoirs déçus, et aux revendications avancées par les uns et les autres au cours de ces dernières semaines.
Dans l’espoir que les procédures de recrutement actuelles que nous jugeons iniques et incohérentes, évoluent en notre faveur, nous avons décidé de faire appel à votre expertise et à votre connissance de la Fonction Publique pour vous soumettre les points qu’il nous semble urgent de réformer.

1) En premier lieu, le système d’inscription sur une liste d’aptitude valable seulement trois années, soulève un mécontentement général chez les lauréats. Afin de pouvoir concilier nos choix professionnels, notre vie de famille et notre recrutement, nous revendiquons la validité à durée indéterminée du concours obtenu. Pour la majorité d’entre nous, l’envoi massif de courriers en réponse aux diverses offres d’emploi publiées, aboutit rarement à un entretien d’embauche. (A ce propos, nous vous laissons imaginer ce que supposent financièrement les différents déplacements effectués durant l’année dans toute la France ; malgré l’aide ponctuelle de l’ANPE, certains ne peuvent plus les assumer).

2) Le principe de la formation post-recrutement, pose un réel problème. En effet, les responsables, à la fois des collectivités territoriales, mais également des établissements recruteurs, manifestent clairement leurs réticences quant à l’embauche d’un candidat qui va devoir s’absenter plusieurs mois durant la première année. .Nous demandons donc que la formation soit effectuée, non pas après le recrutement, mais avant c’est à dire dès l’inscription sur la liste d’aptitude.

3) Par ailleurs, il est inadmissible que les collectivités territoriales qui publient des offres d’emploi à durée indéterminée, proposent en définitive aux lauréats le jour de l’entretien, un contrat à durée déterminée «éventuellement» renouvelable. Lorsque le besoin de recruter est avéré, les collectivités devraient être tenues de puiser obligatoirement au sein de la liste d’aptitude, et non de recourir comme elles le font actuellement de façon abusive, à la solution contractuelle. Un intéressement financier, ou à l’inverse, des sanctions, sauraient peut-être les inciter à modifier leur politique d’embauche ?

4) Le rôle du CNFPT  nécessite de toute évidence, une réévaluation.
L’information concernant la réalité des chances de recrutement, apparaît notamment trop limitée. Malgré diverses tentatives, nous n’avons jamais pu obtenir les chiffres réels concernant le taux des reçus-collés des différentes filières, mais seulement des estimations. Ces chiffres seraient-ils inavouables ?

D’autre part, aucune communication ne semble établie entre le CNFPT et les élus . Certains  maires ignorent par exemple, l’existence de la formation obligatoire post-recrutement .

5) Si nos propositions devaient permettre à une réforme du recrutement dans la fonction publique territoriale de voir le jour, nous souhaitons que les lauréats actuels puissent bénéficier des nouveaux statuts.
Afin de pouvoir vous exposer plus en détails nos idées,
nous vous saurions gré d’accepter de nous recevoir.

Dans l’attente d’une réponse, veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de notre très haute considération.

77 SIGNATURES

Copie à :

Monsieur le Premier Ministre, Dominique de Villepin
Monsieur Le Ministre d’Etat, Ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, Nicolas Sarkozy
Monsieur Christian Jacob, Ministre de la Fonction Publique
Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture
Monsieur Jean-Louis Borloo, Ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement
Monsieur Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République
Madame Jacqueline Gourault, Sénateur du Loir-et-Cher
Conseil supérieur de la FPT
CNFPT
ABF
AMF
ADBS
Association des fonctionnaires Etat et Territoriale
Le Monde
Le Figaro
Libération
Le Canard enchaîné
L’Humanité
Marianne
Le nouvel observateur
La Gazette des Communes
La lettre du cadre

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