25 février 2006
Historique
Le phénomène des reçus-collés n'est pas nouveau. Il est même évoqué
assez régulièrement, puis bien vite remisé aux oubliettes sans
qu'aucune solution soit proposée.
Ainsi, la Gazette des Communes du 24 mai 2004 publiait un article intitulé : Reçus-collés, mythes et réalité qui avait au moins le mérite de poser le problème et de signaler l'absence de chiffres vérifiables sur le sujet.
Les autorités (CNFPT, CIG) font preuve d'une belle unanimité dans la langue de bois, voir le plus parfait cynisme. Non, les reçus-collés ne sont pas un problème qui mérite qu'on s'y arrête. Exemple : le directeur du CIG de la grande couronne, Jean-Laurent Nguyen Khac, avait eu le culot d'affirmer : «l'absence de mouvement de défense spécifique montre bien que la question concerne finalement peu de personnes». Sans commentaire ! Cher monsieur, c'est à présent chose faite, peut-être allez-vous réviser votre jugement. Pour résumer l'avis des organisateurs de concours : les reçus-collés sont des lauréats qui refusent la mobilité géographique, trouvent du travail ailleurs, etc. Bref, c'est leur entière responsabilité, z'avaient qu'à, z'avaient qu'à pas, c'est selon...
L'avis des syndicats est différent.Précisons que nous ne sommes affiliés à aucun et que nous sommes totalement apolitiques.
Exemple : la FSU, dans un dossier consacré à la décentralisation, va jusqu'à parler de pseudo-concours :
La publicité des postes vacants est obligatoire, à peine de nullité de la procédure. En réalité, il s’agit de pseudo-concours. Les lauréats sont en effet classés par ordre alphabétique sur une liste d’aptitude. Le “concours ” ne confère donc aucun droit à être recruté. Il permet simplement de postuler sur des emplois vacants : il existe donc des “reçus collés ”.
Ce syndicat ajoute tout de même une information qui a son importance :
Sauf cas particulier, c’est l’autorité locale qui recrute (initialement c’était le CNFPT qui faisait des propositions, la collectivité ne pouvant refuser que deux fois, mais ce système a été supprimé en 1987 et jamais rétabli depuis, à la satisfaction des élus de tous bords…)
Dans l'article de la Gazette déja cité un représentant syndical Antoine Breining, (président FA-Unsa-FPT) déclare :
«Trop de collectivités réservent les postes déclarés vacants à leurs propres agents, même en cas d'échec aux concours. Ce comportement contredit l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984, lequel précise qu'un poste non occupé par un fonctionnaire quatre mois après la déclaration de vacance doit l'être par un candidat inscrit sur liste d'aptitude.
Pour
confirmer ce détournement des lois existantes, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une scène de la vie territoriale. J'ai eu le
bonheur (?!) de travailler au sein d'une structure intercommunale de type SIVU (syndicat intercommunal à vocation unique) où l'on m'a bien fait comprendre que moi, j'étais en CDD et que je n'étais là que pour la durée prévue, pour faire le travail d'un contractuel payé 3 à 4 fois mon salaire et que je n'avais rien d'autre à espérer.
De temps à autre, M. la secrétaire-standardiste était prise d'une frénésie de mailing et tamponnait comme une furieuse des piles de courrier impressionnantes. Intriguée, je lui avais demandé ce qui justifiait ce surcroît d'activité. Elle m'avait répondu avec un
sourire mi-gêné mi-amusé :
"- J'envoie une proposition de poste aux lauréats de la liste d'aptitude, pour le poste de R.
- Ah bon, il quitte son poste, R?
-
Non non, son contrat vient d'expirer et il va être renouvelé. Mais c'est une obligation légale, pour faire comme si c'était un vrai
recrutement."
Après un temps, elle se mit à soupirer :
"- Tout de même, ils restent longtemps sur la liste d'aptitude, tous ces candidats!"
Cette personne ne faisait évidemment que le travail qu'on lui demandait de
faire, avec d'autant plus de compassion qu'elle-même, fonctionnaire titulaire depuis de nombreuses années, n'en avait jamais passé aucun, de concours !
Cette scène m'avait laissé un profond sentiment de révolte. J'ai compris pourquoi j'avais quelquefois reçu des propositions de poste - très peu nombreuses - auxquelles je répondais à chaque fois. Et à chaque fois, j'avais au mieux une réponse négative, et le plus souvent aucune réponse...
17 février 2006
Il y a trois ans
Je l'ai passé il y a presque 3 ans, ce fameux concours de la FPT, un peu par hasard, un peu pour voir. Un peu en me disant : après tout pourquoi pas? Le marché de l'emploi étant ce qu'il est : une horreur absolue où, quel que soir le type de poste, il faut avoir moins de 35 ans, bac+ 5 et 10 ans d'expérience, conditions un peu difficiles à réunir en même temps, vous en conviendrez. Et beaucoup aussi par goût des livres, de la culture et du service public.
3 ans, durée fatidique : au-delà de cette limite, votre concours n'est plus valable.
Merci
d'être venu(e), d'avoir joué le jeu mais nous (les collectivités), on
ne joue plus. Allez vous rhabiller. Retournez donc pointer au chômage,
trouvez un autre emploi précaire, c'est un secteur en plein essor. Et
puis, le RMI, vous avez goûté ? Vous m'en direz des nouvelles!
Les
circonstances épiques
dans lesquelles je l'ai passé (comme quelques milliers d'autres),
méritent bien d'être
racontées. C'était donc en mai 2003, en (lointaine) banlieue
parisienne, un jour de grève qu'on avait annoncée comme partielle.
En prévision, j'avais pris la précaution de me lever 2 heures plus tôt et m'était
acheminée sans trop de difficulté vers le RER (Les Halles). Et là,
stupeur, enfer et damnation, on me dit que la grève est TOTALE :
pas un train prévu, moins que rien...toute la journée ! J'appelle le
centre d'examen, pensant que peut-être le concours est annulé...mais
non ! Non seulement il est maintenu, mais mon interlocuteur n'a pas l'air bien au courant de l'ampleur du désastre :
"Une grève ? Ah bon. Le concours ? Mais il est maintenu, d'ailleurs nous avons déjà beaucoup de candidats qui arrivent!"
Dans
ces conditions... Mon sang ne fait qu'un tour et je décide d'y aller
quand même, pour la beauté du geste et pour faire un méga-scandale si
jamais on me refoule parce que je suis en retard !
Mais comment ? En
stop, bien sûr. Et me voila Quai de Gesvre, tendant le pouce. J'ai
beaucoup de chance, j'attends très peu. Mon premier chauffeur,
compréhensif, me laisse à un croisement stratégique. Le deuxième
pousse la générosité jusqu'à allonger sa route de quelques kilomètres
pour me déposer jusqu'au centre d'examen.
Heureusement, l'heure de
début a été décalée, c'est bien la moindre des choses. Pour le retour, les
candidats organisent entre eux des co-voiturages et se coltinent de
monstrueux embouteillages. On s'en fout, c'est le retour, on a le temps.
Deuxième jour, même situation. J'ai changé mon point de départ : Nation, Cours de Vincennes. Mais nous sommes nombreux à avoir la même idée !
Je me suis fabriqué un petit panneau avec une page de cahier pour
indiquer cette destination où, en d'autres circonstances, personne ne
va jamais !
J'ai encore une fois une chance énorme. Un couple me
prend et m'amène juste à ma destination exacte. Je les remercie très
chaleureusement. A présent, j'aime à penser qu'ils m'ont porté chance. En démarrant sous des auspices au bout du compte si favorables, je ne pouvais que le réussir, ce foutu concours.
Et maintenant ? J'en fais quoi ? NOUS en faisons quoi, tous autant que nous sommes ?
11 février 2006
Réussite au concours...
Nous nous sommes donc rencontrés sur la liste de diffusion et
aussitôt est venue l'idée d'une action commune à entreprendre et
pour ce faire, d'une association à créer, dont le nom pourrait être : les reçus-collés de la Fonction Publique Territoriale ! Joli, vous ne trouvez pas? Surtout quand on sait ce qui ce
cache derrière : travail pour avoir le concours, efforts acharnés pour
trouver un poste, déplacements dans toutes nos régions d'origine et
souvent dans toute la France, frais financiers considérables (voir le
dernier message cité de la note précédente)...et toujours rien.
Nous nous sommes aperçus à nos dépens que dans la FPT les modes de recrutement sont très particuliers : recours massif aux contractuels et vacataires et parfois même aux bénévoles (dans les bibliothèques), et, il ne faut pas l'oublier, appuis politiques et clientélisme.
Des quantités de précaires travaillent avec ce statut incertain parfois
pendant des années. Et il peut arriver aussi (souvent ?) qu'on ne les
titularise pas en leur objectant "qu'il n'y a pas de poste disponible"
!!! Ah bon, et cette fonction qu'ils exerçaient, c'était quoi ?? Ben c'était
rien, c'était juste parce qu'on avait besoin de larbins pour faire le
boulot et qu'on voulait être sûr de pouvoir les jeter du jour au
lendemain !
Loin de nous l'idée d'opposer contractuels, titulaires
et reçus au concours. Notre idée de départ est qu'il existe des modes
de recrutement totalement incohérents et injustes, que nous avons passé
et réussi un concours pour pouvoir travailler. Nous avons été
officiellement reconnus "aptes", comme en témoigne l'inscription sur "liste d'aptitude" alors nous aimerions avoir les postes qui correspondent à ces "aptitudes" qu'on nous a reconnues.
Il faut savoir aussi que dès qu'on est comme nous sur cette fameuse liste d'aptitude, les collectivités ont l'obligation de nous envoyer en formation initiale,
dès que nous sommes recrutés, pendant 6 mois. Voilà qui, bien sûr, pose
un problème de taille : on recrute quelqu'un parce qu'on en a besoin,
mais on le voit disparaître immédiatement pendant de longs mois !
Et dans ces conditions, les employeur préfèrent généralement la main d'oeuvre immédiatement disponible !
10 février 2006
Genèse...
Tout a commencé par un échange de messages énervés sur la liste BIBLIO.FR, une liste de diffusion réservée aux professionnels du livre : documentalistes et bibliothécaires de tous les horizons.
Et
aussi, un certain nombre d'aspirants bibliothécaires : lauréats de
concours de la Fonction Publique Territoriale en recherche de postes.
Oui, cette spécificité est assez peu connue, la FPT permet de passer
des concours et même de les réussir...sans accorder de postes pour
autant ! Il appartient aux candidats de trouver eux-mêmes leurs postes.
Les lauréats sont inscrits pendant trois ans sur ce qui s'appelle une
"liste d'aptitude", qui leur donne le droit de postuler et de prétendre
à un poste de titulaire. Et si au bout des trois ans le candidat n'a
rien trouvé, tant pis pour lui ! Il se retrouve chômeur comme avant !
Soit,
m'étais-je dit en passant ce concours, et alors ? Rien de pire
qu'ailleurs. Chercher du boulot, j'ai l'habitude, et j'en ai même
trouvé assez régulièrement ! Et trois ans, ça semble largement
suffisant.
Mais précisément, c'est pire qu'ailleurs et nous ne le
savions pas ! Les règles sont totalement faussées, nous avons eu tout
le temps de nous en apercevoir.
Voici quelques exemples des messages furibards que j'ai relevés (et soigneusement conservés) :
- J'ai travaillé plus d'un an dans une BM. Lors de mon entretien d'embauche on m'avait dit qu'on me recevait suite à ma réussite au concours, que si j'étais retenue et que je faisais l'affaire, j'enchaînerais plusieurs CDD avant d'être titularisée. J'ai eu 4 CDD. J'assurais un remplacement. Lorsque que la titulaire du poste que j'occupais est revenue, j'ai du retourner pointer à l'ANPE... Et la promesse de titularisation? La conjoncture actuelle ne permet pas mon recrutement, il n'y a pas de poste créé, plus de remplacement à faire. Pourtant certaines personnes qui n'ont pas le concours sont en place et restent sur des postes plusieurs années (en attendant leur réussite au concours et leur titularisation???). Elles, elles ne restent jamais sur le carreau, on leur trouve toujours un remplacement à faire. Comme c'est étrange! Cela s'appelle avoir du piston et c'est beaucoup mieux que d'avoir un concours !
et encore...
- Lauréat du concours externe
d'assistant qualifié des bibs session 2004 (et n'émanant pas de la
filière traditionnelle DUT/IUT/DEUST), je suis au terme d'une saison
particulièrement infructueuse, puisque aucune collectivité du grand sud
ouest n'a donné de suite à mes courriers. Fort de ces enseignements, je
décide de me remotiver, et élargis mon périmètre de recherches vers
Paris et sa banlieue, en espérant plus de compréhension de la part des
employeurs; bilan provisoire: un budget timbre/papier impressionnant,
plus de trente courriers envoyés en quelques jours. Pour le reste,
on verra bien... D'autre part, ai reçu la bonne nouvelle du refus des
bibliothèques d'une grande ville du sud de me prendre en tant que
stagiaire (alors que lauréat du concours quand même!!.....) C'est
MERVEILLEUX!! Je pensais déjà que l'avenir était bien sombre pour les
gens qui remettaient les choses à faire pour le lendemain, mais je suis
abasourdi de constater que pour ceux qui se lèvent tôt et qui sont de
bonne volonté, le sort est identique... Alors, je n'irai pas par quatre
chemins et demanderais à qui peut me fournir des réponses pertinentes à
quoi sert que l'on se batte contre des milliers de gens pour enfin
arracher une place à un concours BIDON????!!!! La précarité ne s'arrête
donc JAMAIS?!??!! Faut-il avoir l'ENA ou Polytechnique pour bosser dans
une bibliothèque????? Non, parce que j'aimerais qu'on m'explique,
maintenant...
et aussi...
- Je suis
dans le même cas, (j'ai un DUT Info-com option doc) je suis sur
la liste d'aptitude de 2003 et je ne trouve toujours pas de poste. J'ai
passé le concours documentation mais je postule aussi en bibliothèque
mais mon profil ne semble pas leur correspondre !!!! Lorsque l'on est documentaliste, il semble que l'on ne puisse pas travailler en
bibliothèque. Et pourtant, j'ai fait un stage avec l'ANPE (afin de
rester dans le coup) dans la médiathèque de ma ville (merci à ceux qui
se reconnaîtront !), j'ai prouvé que j'étais capable de travailler en
bib, de m'adapter et d'être performante, mais sur mon CV pour le moment
que des expériences en doc. Et des postes en documentation dans la FPT
, RIEN ..... En ce qui concerne la mobilité, désolée mais là aussi j'ai
donné, Angers, Clermond-Ferrand (2 fois), l'Allier, Cannes ..... et
j'en passe. A chaque fois la même question, "et vous êtes certaine de
vouloir quitter votre région ?" ... Non je fais des kilomètres
juste pour visiter !
Des histoires comme celles-ci, il y en beaucoup d'autres, ce blog ne fait que commencer...